8 janvier 2012

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1 décembre 2011

Projet : Un livret québécois pour favoriser l’engagement paternel

Dès qu’elles sont enceintes, les femmes sont investies dans leur futur rôle de mères. De nombreux organismes les soutiennent et peuvent les informer. Elles font l’objet d’un suivi médical. Elles ont accès à de sessions prénatales qui sont assurées dans la plupart des Centre locaux de services sociaux (CLSC) du Québec. Elles reçoivent le livre « Mieux vivre avec notre enfant, de la grossesse à deux ans » lors du suivi de grossesse. À ce stade, le père n'existe pas socialement. Cela induit le peu de ressources - voire l’absence de ressource - qui s’offre à lui pour se préparer dans son futur rôle.

Dans la société québécoise d’aujourd’hui, les parents non mariés sont de plus en plus nombreux. Les pères doivent alors entreprendre des démarches pour reconnaître leur enfant et établir ainsi leur lien de filiation. Aussi, le nombre de familles séparées et recomposées est en constante croissance.

Dans un tel contexte, il semble nécessaire d'informer les pères tant sur l'importance du rôle des deux parents, sur l'importance de l'attachement précoce (comment le favoriser, le créer), sur la valorisation sociale de leur rôle, sur les ambiguïtés ou les autres états d'âme qu’ils peuvent vivre durant la grossesse et les premiers mois ou année de l'enfant, sur leurs droits et devoirs.

Ce que nous proposons :

La réalisation d’un livret de paternité serait sans doute de nature à favoriser l’engagement paternel. Le contenu d’un tel document devrait être défini suite à une évaluation des besoins d'information auprès des (futurs) pères québécois et à une recension de ce qui existe déjà comme outils tant dans les autres provinces canadiennes qu’ailleurs en francophonie.

L'idée serait donc de (co-)construire un outil pour l’ensemble du Québec qui puisse réponde le plus possible aux besoins tels qu’exprimés par les pères eux-mêmes et qui s’inspire des expériences menées ailleurs. Cet outil comprendrait entre autres des conseils, des informations juridiques sur la filiation, l'autorité parentale (partagée), le congé de paternité, le congé parental, ainsi qu’un relevé des principales ressources communautaires, etc.

Ce livret soulignerait largement la place et le rôle du père, en apportant avant la naissance de l'enfant toutes les informations nécessaires ainsi que des éléments de réponse aux principales questions qu’il se pose. Ce document mettrait évidemment l'accent sur le principe de la coparentalité (collaboration et entraide entre les deux parents).

Un tel projet a été proposé au concours annuel du Fond communautaire Aviva en 2010 et en 2011. La présélection se faisait uniquement par le vote des internautes. Le projet n’aura finalement pas été retenu.
[Blogue présentant le projet : cliquer ici]

26 septembre 2010

Coparentalité : L’appel téléphonique parental

Avec l’idée de coparentalité, les parents sont amenés à devoir interagir l’un avec l’autre. Ce n’est pas toujours évident. Une stratégie intéressante présentée dans le livre Conflits coparentaux après une séparation - Guide survie (Thayer et Zimmerman, 2008, pp. 95-101) pourrait être celle du contact téléphonique parental hebdomadaire pour prendre les décisions nécessaires autour de l’enfant et se partager des informations. Ce contact est d’autant plus utile pour le parent qui n’a pas le temps parental dominant.

Élizabeth S. Thayler et Jeffrey Zimmerman ont décrit une procédure, un mode de fonctionnement détaillé à suivre et à respecter pour mener à bien un tel appel téléphonique. Celui-ci se fait, selon eux, sans la présence de l’enfant pour le protéger du conflit d’adulte. Ce contact téléphonique est planifié de façon régulière et se prépare idéalement comme si on avait une « rencontre d’affaire ». Dès lors, un ordre du jour doit être prévu et respecté. Ces deux auteurs proposent un ordre du jour simple et pratique. Celui-ci comprendra par exemple :

  • Les bons coups : Partager en premier lieu des bonnes nouvelles concernant son enfant permet immédiatement de créer un climat positif, qui incitera davantage au compromis et au partage. Ce point est très important pour le parent qui passe le moins de temps son enfant. Un père qui ne voit son enfant qu’une fin de semaine sur deux, manque plein de merveilleuses petites choses. Il n’y a rien de plus attristant – même dénigrant - que de ne pas informé. En bref, chaque parent devrait transmettre toute l’information que lui même voudrait recevoir. Dans ce cas, plus d’information vaut mieux que trop peu.
  • Les problèmes médicaux incluant les rendez-vous chez le médecin et autres professionnels de la santé qu’ils soient récent et,ou à venir.
  • Les problèmes reliés à l’école (ou la garderie) : Il s’agit de se partager les informations concernant la performance scolaire, le comportement à l’école, les rencontres scolaires, les commentaires du professeur, etc. Trop souvent, les informations scolaires sont adressées à un seul parent ce qui nuit à l’implication conjointe des deux parents autour de leur enfant.
  • Les activités incluant la logistique.
  • La garde de l’enfant : Ce point est particulièrement important si on a affaire à un jeune enfant. Les questions autour de l’alimentation, de la sieste, de l’apprentissage à la propreté, de l’heure du couché sont abordées. Évidemment, pour un enfant plus âgé, les problèmes seront différents. Au-delà des questions, il peut aussi être pertinent de se partager des « trucs » quotidiens concernant son enfant.
  • Le comportement : On aborde ici tous les problèmes de discipline et on partage ce qui fonctionne. Il ne s’agit pas de viser l’uniformité, mais on peut tendre vers une certaine cohérence. La mise en commun d’information permet également de décider ensemble des grands principes éducatifs et des valeurs qu’on veut transmettre à son enfant.
  • L’horaire : C’est sans aucun doute un des points les plus problématiques. Pour éviter le conflit, Élizabeth S. Thayler et Jeffrey Zimmerman mentionne qu’il vaut mieux ne pas changer les horaires planifiés à l’avance. Tout changement souhaité par un des parents devrait être traité comme une demande, un souhait et non comme un dû.
  • Les nouvelles affaires si on a d’autres points à discuter

Cet appel téléphonique parental ne remplace nullement le cahier de communication. C’est une occasion supplémentaire pour mettre en commun différentes choses concernant son enfant. Rappelons aussi que ce n’est pas un temps pour donner libre cours à ses émotions. Le côté hebdomadaire permet à chaque parent de se donner un temps de réflexion avant de prendre certaines décisions. C’est le : « Laisse moi réfléchir et je te reviens là-dessus la semaine prochaine ». Il peut être aussi utile de rédiger en alternance un petit compte-rendu après chaque contact.

Cependant, la mise en place d’un appel téléphonique parental ne peut se faire que si les deux parents en acceptent préalablement le principe. On risque donc parfois de se retrouver dans une situation ou un des parents le refuse. Le plus souvent, ce sera le parent qui a la garde de l’enfant qui s’y opposera. Sans doute, est-ce par crainte de perdre le « pouvoir » et le « contrôle » sur son enfant ? Aucun jugement ne pourra forcer les parents à mettre en place une telle stratégie coparentale. Que faire alors ? Les deux auteurs de ce livre n’abordent pas cette situation. La question reste ouverte. [Des idées dans les commentaires - Merci]

Sur ce blogue, un petit texte présente ce livre : Conflits coparentaux après une séparation - Guide survie.

25 août 2010

Un père, c’est important !

Quand un couple se sépare, le père - tout comme la mère - doit redéfinir ses rapports avec son(ses) enfant(s). Certains pères qui n'ont pas le temps parental partagé auront le sentiment de perdre leur autorité parentale. Ils risquent alors de se détacher de leur(s) enfant(s), fuyant du même coup leurs responsabilités.

Au Québec, il existe le Regroupement pour la valorisation de la paternité qui vise justement à mettre de l'avant toute l’importance du rôle du père dans la famille et dans la société pour le développement et le bien-être des enfants. Je vous propose ci-dessous un petit texte de Raymond Villeneuve, directeur de ce regroupement.

Un père, c’est important !

Un père, c’est important… parce que c’est la référence masculine des enfants qui grandissent.

Un père, c’est important… parce que c’est l’identification du petit garçon qui veut devenir fort, fort, fort, comme son papa et du grand garçon qui se demande, c’est quoi être un homme.

Un père, c’est important… parce que c’est dans son regard que la petite fille, souvent, apprend à être en relation avec les hommes… et que c’est, souvent aussi, sur la base de cette relation que la grande fille construira plus tard, ses rapports amoureux.

Un père, c’est important… parce qu’un père présent, c’est un atout de premier plan pour favoriser la réussite scolaire et renforcer l’estime de soi des jeunes garçons et des jeunes filles.

Un père, c’est important… parce que ce n’est pas « pareil » à une mère. Ça ne fait pas les affaires « pareilles »… Des fois, pour le mieux, des fois peut-être pas… Mais, cette différence-là est importante.

Un père, c’est important… parce qu’il existe des familles « monoparentales » dirigées par des pères.

Un père, c’est important… aussi lorsque les parents se séparent et que les enfants ont besoin de continuer à être en relation avec leurs deux enfants.

Un père, c’est important… parce que tous les enfants, que je connais, souhaitent avoir un papa qui les aime pour toujours et de manière inconditionnelle.

Un père, c’est important… parce qu’on en a qu’un et qu’il n’est pas éternel.

Un père, c’est important… et un grand-père aussi, c’est important.

Un père, c’est important… parce que son absence, son indifférence ou sa violence laisse des blessures profondes et permanentes dans le cœur des enfants qu’ils soient petits ou grands.

Un père, c’est important ! Une mère, c’est important ! Mais, le plus important, c’est… Un enfant, c’est important ! C’est grâce à cet enfant que l’on peut devenir quelque chose de merveilleux qui s’appelle : un papa ou une maman.

Vous pouvez continuer à élaborer sur l'importance du père en laissant un commentaire directement sur ce blogue ou en donnant accès à ce message sur un forum de discussion. Merci !

D'autres textes sur ce blogue abordent ce sujet et méritent sans doute votre lecture : La réelle fonction du père , L'engagement paternel, La parole aux pères.

18 juin 2010

La parole aux pères

Chaque année, le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité organise dans le cadre de la fête des pères un concours de témoignages de papa. Le thème était : L’engagement paternel.

J’ai proposé le texte suivant :

Mon engagement paternel

Vendredi après-midi, c’est le début de ma fin de semaine avec ma fille. J’arrive à la garderie. La porte franchie, je vois une petite tête aux cheveux châtains courir vers moi en criant : « c’est mon papa ! » Tout le monde l’a entendu. Une certaine fierté m’envahit. Je souris. Je prends ma fille dans mes bras. Je l’écoute parler avec ses mots colorés de toutes les activités magiques qu’elle a pu réaliser. Au passage, je lui donne quelques nouvelles de son « Pinpin » (le nom qu’elle a donné à son lapin nain). Le bonheur des retrouvailles est largement partagé. Cet accueil de ma fille est le plus beau cadeau que je puisse recevoir. C’est ma récompense. La récompense de ma bataille pour permettre à ma fille de passer du temps avec son papa.

Vous l’aurez sans doute compris, je suis un papa séparé. Un papa « courage » et parfois, un papa « découragé ».

Lorsque l’enfant est né dans un couple uni, on devient père sans trop se questionner. Mais, quand le couple se sépare avant la naissance de leur enfant, la question est tout autre. L’engagement paternel prend une autre dimension. Un autre sens, comme une sorte de conflit existentiel où la notion d’engagement vient parfois flirter avec celle du désengagement.

J’ai mené ma bataille. La bataille de ma vie. Ce n’est pas sans douleur, sans peine, sans frustration, sans remise en question. Ce n’est pas sans pleurs. Les pleurs d’un papa sensible qui se sent comme mis à l’écart.

Il faut d’abord faire valoir sa filiation. Le temps d’un accouchement dont la durée dépendra entre autres de la bonne volonté de l’autre parent et de la justice. Mon accouchement de père aura pris étonnement 9 mois ! Neuf mois après la naissance de ma fille, me voilà enfin reconnu officiellement papa.

Il faut également trouver des modalités pour organiser des droits d’accès. La collaboration parentale reste un facteur de réussite dans la recherche d’un arrangement qui prend en compte l’intérêt de l’enfant tout en respectant la place de chaque parent. Mais, dans certains cas, le père est entraîné dans des démarches longues et pénibles qu’il n’aurait pas souhaitées. Pas toujours évident à vivre.
Pendant un an, j’ai réclamé davantage de temps avec ma fille. La mère s’y opposait constamment. J’ai tenu bon. Faire six heures aller-retour de voyagement en autobus un samedi sur deux pour passer seulement trois heures avec ma fille relève sans doute de l’exploit. Le désespoir, l’envie de tout laisser tomber, le désengagement ne sont jamais bien loin. Heureusement, le sourire d’un enfant - de son enfant - peut accomplir des miracles. Je m’accroche à cette relation avec ma fille. Une relation certes de « papa cadeau ». Une relation qui faute de temps, ne me permet pas de mettre ma marque parentale. Une relation qui doit chaque fois se ponctuer par un temps de ré-apprivoisement mutuel suivi trop rapidement par la séparation.

Aujourd’hui, mon temps parental s’est élargi. J’ai ma fille âgée de deux ans, à raison d’une fin de semaine sur deux. D’un « papa cadeau », je suis passé au « papa engagé ». Je peux passer plus de temps à m’occuper d’elle, à la réconforter, à réagir à ses besoins et à ses sentiments, à essayer de comprendre ses réactions, à développer une relation spécifique et rassurante avec elle. C’est la base de mon engagement paternel. Un engagement qui dans un contexte de séparation prend tout son sens surtout quand on est un papa solo. Certes, le « papa cadeau » du tout début n’est jamais bien loin. Mais le cadeau a pris une autre forme, une forme plus engagée. Il peut maintenant s’inscrire dans le temps, le temps d’une fin de semaine. Le cadeau, c’est le « papa raconteur » qui à partir des livres empruntés par sa fille à la bibliothèque (On y va le samedi matin ensemble) construit un univers d’images aux couleurs de l’arc-en-ciel. C’est le « papa joueur » qui à travers son côté ludique partage des instants de bonheurs et contribue notamment au développement psychomoteur de sa fille. Jouer au ballon, à cache-cache ou construire une tour en bloc ne sont que quelques exemples. Ce sont aussi le « papa chatouille » et le « papa gratouille » qui s’accompagnent de fous rires partagés.

Mon engagement paternel s’inscrit dans la durée. Il faut du temps. Il me faut du temps. Le temps d’une fin de semaine pour découvrir, rencontrer et construire un lien avec ma fille. La satisfaction que j’éprouve dans ce lien parental avec ma fille ne se trouve nulle part ailleurs. C’est mon rayon de soleil. Notons aussi que c’est une grande source de valorisation personnelle.

La séparation, peu importe l’âge de l’enfant, ne devrait jamais mettre un terme à l'implication d'un parent avec son enfant. Au-delà de mon engagement paternel, je veux croire en une sorte de co-engagement qui amène chaque parent dans un processus de collaboration, de communication et de partage pour le bien-être de leur enfant.

Ce texte a touché les membres du jury. Il s’est mérité un prix !
Si vous avez des commentaires, n’hésitez pas à les laisser.

Le dessin qui accompagne ce texte est extrait de la bande dessinée Bébé Blues (Rick Kirkman et Jerry Scoot - version française aux Éditions Hors collection).

21 mars 2010

Livre : Éloge des pères.

Voici un superbe livre à lire ! Vraiment intéressant comme lecture !

Korff-Sausse, S. (2009). Éloge des pères. Paris : Éditions Hachette Littératures, collection « Psycho ».

Il n’y a plus de pères… Phrase-choc pour commencer la lecture d’un livre qui peut nous interpeller. L’auteure aborde toute la question de l’image négative du père qui est encore trop souvent véhiculée dans nos sociétés. Elle est frappée par les termes avec lesquels on les qualifie : absent, manquant, inconsistant, jamais là où on l’attend, ne tient pas ses promesses, laisse sa femme agir à sa place, etc. Pour elle, le père fait partie d’une sorte d’hallucination négative : quand il est là, on ne le voit pas. Dans son livre, elle pose alors la question : « En quoi cela arrange-t-il la société de ne pas voir les pères et de ne tenir compte que des mères ? »

Dans ses travaux universitaires et dans la supervision d’étudiants en stage, Simone Korf-Sausse note que souvent dans le secteur médico-psycho-social ou encore les centres d’accueil de l’enfance, on se plaint de l’absence du père ou encore on ne se préoccupe nullement de « son existence ». Il semblerait que les professionnel-le-s semblent plus tranquilles dans un univers de femmes, de mères et de bébé. La présence du père dérange :

Lorsque le père arrive, il dérange… Surtout s’il est muni d’un dossier recueilli sur Internet concernant les symptômes ou la maladie de son enfant. Cela semble agacer qu’un père tente ainsi de reprendre un pouvoir qui lui échappe dans ce monde de femmes (Korff-Sausse, S., 2009, p.23-24)

Notons au passage que l’implication du père est d’autant plus difficile s’il est séparé de la mère de son(ses) enfant(s). La séparation tend davantage à exclure le père. C’est souvent le père qui doit se battre pour demander une garde partagée ou un élargissement de ses droits d’accès, rarement la mère.

Pour revenir à cet ouvrage, l’auteur mentionne que ces pères qu’on dit absents, sont pourtant bien là. Ils sont simplement présents d’une autre manière. Cette présence-là est souvent mal reconnue et peu valorisée. Elle constate même que de plus en plus de pères contemporains dérangent par leur engagement, par leur comportement : pères tendres et présents auprès de leur enfant, pères séparés voulant s’investir de plus en plus. Les pères font toujours l’objet d’un soupçon ; leur légitimité est sans cesse mise en doute.
Si les pères ont une manière très personnelle et individuelle d’assumer leur paternité, l’auteur repère cependant une sorte d’invariant marqué par le père affectif, le père concret.

Donnons-nous la liberté de trouver d’autres modalités pour les hommes d’être pères. Regardons la paternité sous un regard nouveau, un regard plus bienveillant à l’égard des hommes qui aujourd’hui deviennent père (Korff-Sausse, S., 2009, p. 8-9) [et veulent prendre leur place].

Nous noterons que très peu d’études abordent la question de savoir comment les hommes se situent en tant que pères. Le « devenir père » s’inscrit dans un contexte social. Il faut que son rôle soit reconnu par la mère et par la société.

Pour accéder au livre dans une bibliothèque proche de chez vous : cliquer ici.

28 février 2010

Quitter le concept de monoparentalité pour celui de coparentalité

Dans notre société, on parle (trop) souvent de familles monoparentales. Pourquoi tant de personnes séparées se considèrent-elles comme « famille monoparentale » ? En se positionnant comme monoparental, quel rôle a l’autre parent ?

La séparation ne devrait jamais mettre un terme à l'implication d'un parent avec son enfant. Bien au contraire, les parents devraient toujours conserver leur pouvoir de décision en ce qui concerne leur enfant. Au Québec, l’autorité parentale est exercée conjointement sur toutes les questions importantes concernant l’éducation, la santé et le bien-être de l’enfant. Les parents doivent se consulter et décider ensemble des mesures les plus appropriées. C’est la Loi. Dès lors, dans cette perspective la notion de monoparentalité (mono veut dire seul, unique) n'a plus aucun sens, sauf si le père n'est pas identifié ou si l'un des parents est décédé. On n’est jamais seul, on est toujours mi- ou co-. On est toujours dans le coparental. Les parents vivent simplement dans des maisons différentes. Mais, l'enfant a toujours ses deux parents.

Par ailleurs, le parent absent du domicile n’est pas nécessairement absent de la vie de son enfant dans la mesure où dans bien des cas il continue à le voir (temps parental) et à l’entretenir, du moins partiellement. Donc, la notion de famille « monoparentale » ne prend pas en compte la réalité des situations qui existent. Par exemple, cette appellation ne tient nullement compte de la place qu’occupent, ou souhaiteraient occuper, les pères vis-à-vis de leurs enfants. Elle tend même à exclure l’autre parent (mono-) au lieu de l’inclure dans une responsabilité partagée (co-).

Si on se place maintenant du point de vue de l'enfant, sa famille ne se limite pas uniquement au parent avec lequel il vit le plus fréquemment.

Je termine cette réflexion rapide par une question. Quand mon enfant est chez moi durant quelques jours, suis-je considéré durant cette période comme une « famille monoparentale » ? Si la réponse est « oui », alors toutes les statistiques actuelles sur le nombre de familles monoparentales sont erronées. Les données devraient être revues à la hausse. Si votre réponse est non, alors à partir de quel moment est-on considéré comme une famille monoparentale ? La conceptualisation de cette notion n’est pas évidente. Le mot semble très mal adapté et je pense qu’il serait intéressant de clarifier et,ou remettre en question son usage : peut-il exister effectivement un parent « seul » ?

Recentrons-nous sur les véritables familles monoparentales. Celles où un des parents est totalement inexistant. Dans tous les autres cas, parlons plutôt de « mi-parentalité » ou de coparentalité afin de reconnaître, d’encourager et de respecter l’engagement de chaque parent dans la vie de l’enfant.

5 février 2010

Charte de la coparentalité

La coparentalité fait référence à la façon dont les parents coopèrent en ce qui concerne leur enfant. Le partage des responsabilités, la qualité des communications, le respect des ententes et l’évitement des situations conflictuelles ne sont que quelques dimensions de la coparentalité. J’ai eu l’occasion d’en parler dans des messages précédents (cliquer ici). Je pourrais aussi rajouter comme point important : la recherche d’une égalité partagée en termes de temps parental (garde partagée). Si cela n’est pas possible, il faudrait au moins envisager la recherche d’une répartition équitable.

Lors des séminaires sur la coparentalité organisés au Palais de justice de Montréal au Québec en décembre 2008, tous les participants ont reu une copie de la charte de la coparentalité (proposée par Harry Timmermans, psychologue). Ce document reprend certaines des dimensions mentionnées ci-dessus et met en relief les bases d’un lien de collaboration, de coopération entre les parents.

Charte de la coparentalité
Proposition de Harry Timmermans (psychologue)
  • Chacun des parents croit que l’autre fait toujours de son mieux en fonction du meilleur intérêt de son enfant.
  • Chacun des parents croit que l’autre est toujours le meilleur gardien possible de l’enfant en cas d’imprévus [ou d’indisponibilités].
  • Les parents se consulteront sur les grandes questions concernant l’orientation, l’éducation et la santé de leur enfant et les documents sur ces thèmes seront accessibles à chacun des parents.
  • Les parents se partageront la réalité économique de leur enfant en fonction de leurs moyens respectifs.
  • Chacun des parents entretiendra auprès de son enfant une image positive de l’autre parent
    Les parents maintiendront entre eux une communication efficace au sujet de leur enfant.
  • L’enfant aura la liberté d’exprimer à un parent l’amour qu’il a pour l’autre parent.

Avez-vous d’autres points à ajouter au contenu de cette charte ? Laissez alors un commentaire.

20 janvier 2010

Les mots sont porteurs de sens : le temps parental

Les débats passionnés autour de la « garde partagée » sont trop souvent récupérés par des groupes de défense des droits des hommes ou des femmes. De tels débats servent le plus souvent des idéologies et parfois des intérêts politiques et économiques. Nous tombons alors dans le piège des « extrémismes » qui souvent parviennent difficilement à porter un regard critique et constructif. Mettons un instant de côté toutes les discussions autour des enjeux de la « garde partagée » pour nous centrer uniquement sur l’usage de certains termes qu’on utilise et qui reflètent - sans nécessairement - qu’on s’en rende compte notre façon de voir et de penser les choses.

Le projet de loi canadienne C-422 que j’ai mentionné dans mon petit texte du 30 décembre dernier (accès au texte) propose des modifications terminologiques qui me paraissent des plus intéressantes. On préconise notamment l’usage de « temps parental » en remplacement de « garde », « droit de visite » ou « droit d’accès ».
Pour ma part, j’abonde totalement dans ce sens. Parler de « temps parental », c’est mettre clairement l’accent sur la notion et le rôle de chacun comme parent, peu importe la durée qu’on passe avec son enfant. C’est aussi reconnaître que pour être parent, il faut passer un certain temps avec son enfant. Dès lors, comment ne pas être ravi de cette revalorisation terminologique qui met clairement l’accent sur la dimension parentale comme force positive et significative dans la vie de l'enfant ?

Je m’étonne donc de constater que de nombreuses associations s’opposent à un tel changement de dénomination et insistent pour le maintien des notions de garde et de droit de visite sans nécessairement développer leur argumentation.

Parler de garde n’a aucun sens pour moi. Suis-je le gardien de mon enfant ? Mon enfant a-t-il besoin d’être gardé ? Où est ma place de parent derrière cette notion de garde ? Où est l’idée du parentage ?
Parler de droit de visite ou de droit d’accès, c’est réduire l’autre dans une simple fonction de visiteur sans qu’il y ait nécessairement une reconnaissance de sa place et de son rôle en temps que parent. Suis-je un papa visiteur ?
Par ailleurs, avoir la « garde » et réduire l’autre parent dans une position de visiteur peuvent facilement être associé à un pouvoir qu’on se donne, même si la responsabilité parentale est théoriquement partagée.

Les termes qu’on utilise ont une importance certaine sur l’attitude des personnes concernées. Il me semble donc qu’en matière familiale (souvent chargée émotionnellement), il faudrait faire davantage attention à trouver les mots justes.

La langue française est injuste. Le verbe « paterner » n’existe pas. Dès que je l’écris, mon logiciel de correction le souligne en rouge et insiste pour que je le remplace par « materner ».
Yvon Dallaire (Psychologue québécois - L’Actualité médicale, 28 janvier 2009, page 36)

Rappelons-nous que les mots signifient quelques choses. Ils sont porteurs de sens. Mais l’absence de mot aussi.
Ajoutons dans notre vocabulaire le verbe « paterner ».
Parlons dorénavant de « temps parental », peu importe la durée que nous passons avec notre enfant. Ce temps, c’est celui q’un parent passe avec son enfant, et non celui d’un gardien, d’une gardienne ou d’un visiteur. Il s’agit par là de reconnaître simplement l’importance d’être parent.

Réagissez à ce message en utilisant la fonction « commentaires » !

30 décembre 2009

Garde partagée - Projet de loi canadien

Un projet de loi visant à favoriser le partage du rôle parental à temps égal a été déposé au Parlement canadien. Il s’agit entre autres de reconnaître que l’intérêt pour l’enfant est de passer du temps avec ses deux parents. La notion de « garde d’enfant » serait remplacée par celle de « temps parental ». Un tel changement est - selon moi - porteur de sens. j'aurai l'occasion de revenir là-dessus dans un prochain message en 2010 et aussi d'apporter quelques commentaires plus personnels sur ce projet de loi.

Là, il faut maintenant en parler avec nos amis et ouvrir un large débat dans la société québécoise et canadienne.
On peut aussi partager notre opinion avec notre député. Pour connaître son député : cliquer ici. Envoyez-lui une petite lettre - ou un courriel – l’invitant à appuyer le projet de loi C-422. Je vous signale que poster une lettre pour un(e) député(e)(e) à son adresse d'Ottawa est un service offert gratuitement. Donc, inutile de mettre un timbre. Sachez aussi que les courriels ont habituellement moins d'impact. Mais, vous pouvez aussi envisager cette solution.

Voici un modèle tout simple de lettre que vous pouvez modifier :

(Le nom du député / ministre ici)
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6

Objet : Projet de loi C-422 qui modifie la loi sur le divorce

Je vous signale mon appui au projet de loi C-422 qui modifie la loi sur le divorce. Ce projet vise à favoriser l’engagement des deux parents en privilégiant notamment le partage à temps égal du rôle parental et amenant aussi certaines modifications connexes.
Par la présente, je vous demande de voter en faveur de l’adoption du projet de loi C-422.

Merci à l’avance pour votre appui,
Votre signature - Votre nom et adresse complète


On peut poursuivre notre action en écrivant aussi au Premier ministre (le très honorable Stephan Harper) et au Ministre de la Justice (l'honorable Robert Nicholson). Si vous recevez une réponse, je vous inviterais à me la signifier pour que je puisse la mentionner sur ce blogue.

Dans le même sens, vous pouvez aussi imprimer et signer une pétition québécoise qui demande une nouvelle approche en matière de garde partagée. Pour accéder à la pétition : cliquer ici. [Autre texte concernant cette pétition]