Peu importe son âge, l'enfant est la victime du conflit entre les parents qui se séparent. Il n'est pas une victime intentionnelle, mais il souffre de la situation même s'il ne la voit pas. En effet, la séparation occupe entre autre une part importante de l'attention des parents, rendant ceux-ci moins disponibles pour l'enfant. Au delà des pensées qui occupent leurs esprits, toutes les démarches - requêtes, coups de téléphone, réactions aux prises de position de l'autre parent, rencontres avec son avocat, etc. - mobilisent du temps et de l'énergie que les parents pourraient consacrer pour prendre soin de l'enfant.
Une des solution est sans doute de « s'outiller » pour apprendre à gérer la dynamique conflictuelle et à mettre en place une relation positive et respectueuse, permettant à chacun de prendre sa place de parent. En participant par exemple à des séminaires sur la coparentalité ou en consultant un service d'aide, le parent se donne un temps de recul pour mieux comprendre ce qu'il vit et essayer de s'adapter à la situation afin de répondre le plus adéquatement possible aux besoins et au bien-être de l'enfant. Aussi, en supprimant les enjeux autour de la garde de l'enfant qui sont souvent la source principale du conflit suite à une séparation, on pourrait sans doute diminuer les tensions entre les parents et ainsi les amener à mettre leurs énergies sur l'enfant. Ce dernier point a été abordé dans des messages précédents.
Le petit texte ci-dessous (distribué par Pierre Morin lors des Ateliers organisés par Éducation coup de fil) est très éclairant. C'est une sorte de lettre d'une enfant à ses parents. Sa lecture nous permet de prendre conscience de nos modes de fonctionnement (ou plutôt de dysfonctionnement). Cette prise de conscience est un premier pas nécessaire vers un changement qui ne pourra être finalement que bénéfique pour l'enfant.
Chère Maman et cher Papa,
Je suis juste une enfant, s‘il te plaît…
- Ne me parle pas en mal de mon autre parent. (Je me sens déchiré entre les deux)
- Ne me parle pas de la séparation ou autre problème d’adulte. (Laisse-moi en dehors de ça)
- Ne me parle pas d‘argent ou de pension. (Je me sens comme une possession plutôt que ton enfant)
- Ne me fais pas sentir mal quand j’aime le temps passé avec mon autre parent. (Ça me fera peur de te dire des choses)
- N’essaie pas d’empêcher mes visites ou de parler à mon autre parent au téléphone. (Ça me met tout à l’envers)
- N’interromps pas mon temps avec mon parent en appelant trop souvent ou en planifiant des activités pendant les temps de visite de mon autre parent. (Je me sens prise entre les deux)
- Ne te chicane pas en avant de moi ou au téléphone quand je peux l’entendre. (Ça me met l’estomac à l’envers)
- Ne me pose pas de questions à propos de la vie de mon autre parent ou le temps que je passe avec l’autre parent. (Ça me fait sentir déloyal)
- Ne me demande pas de garder des secrets à mon autre parent. (Ça me fait sentir malhonnête)
- Ne me demande pas de transmettre les messages à mon autre parent. (Ça me rend anxieuse à propos de sa réaction)
- Ne blâme pas mon autre parent pour votre séparation ou pour les choses qui ne fonctionnent pas dans ta vie. (Ça me fait sentir mal)
- Réalise que j’ai deux maisons. (Peu importe le temps que je passe dans chacune des maisons)
- Ne me parle pas de tes problèmes. (Trouve un ami pour en parler)
- Ne sois pas rude envers mon autre parent devant moi. (Tu as l’air d’un bébé et ça me met tout à l’envers)
- N’utilise pas la culpabilité pour que je t’aime plus. (Ça me déchire)
- Laissez-moi vous aimer tous les deux.
Merci,
Ton enfant qui t’aime.
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